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Entretien

Une valeur montante

Par Viviane Eeman, journaliste

Les États-Unis sont l’un des plus grands marchés en matière de podcasts, la France se développe, la Belgique démarre tout feu tout flamme. Brice Boland embraie avec « Coucou Ma Biche » et c’est un succès.

Un électron libre, ce nom. Que raconte-t-il du projet ?

C’est une expression amicale et conviviale que j’utilise tout le temps avec tout le monde. J’ignore d’où elle vient exactement, même si on l’utilise de manière naturelle entre bons copains, mais en ce qui concerne le podcast, je voulais casser les codes pour que les gens soient directement détendus et pouvoir mettre en avant un côté authentique.

Vous a-t-il coûté en crédibilité ?

Il y a des gens qui sont très à l’aise avec l’expression, d’autres qui ont cru à une blague ou qui me l’ont reproché. Un jour, une consoeur française l’a trouvée très limite. En revanche, une artiste que j’ai interviewée m’a dit qu’à La Louvière, elle était courante. En tout cas, ça laisse des traces et c’est le but.

Quel a été le déclencheur de la mise en orbite de ces podcasts ?

Au départ, il y a une histoire très personnelle. Mon meilleur ami avait une tumeur au cerveau et pensait écrire un livre. Je lui ai suggéré une capsule vidéo et audio. J’ai acheté tout le matériel, mais je me suis vite rendu compte que pour avoir une meilleure qualité, il fallait passer par des professionnels et pour moi, ça a été le Podcast Studio à Bruxelles. En janvier 2025, nous avons réalisé une série de dix épisodes concernant sa vie. De nombreuses personnes m’ont ensuite suggéré de continuer et c’est ce que j’ai fait.

Comment sélectionnez-vous vos invités ?

Pour les dix épisodes suivants, je n’ai pris que des gens de mon écosystème direct comme Pauline Dubois, une femme exceptionnelle qui a été kidnappée au Pérou. Ce cercle avait ses limites. Les rencontres et le bouche à oreille ont pris le relais. Aujourd’hui, il y a une liste d’attente et on me téléphone tous les jours pour me recommander des gens. Mais il y a la périodicité — c’est un bimensuel - et des critères de base comme le talent, ce qui rend unique et la capacité de tenir une heure.

Vous affirmez vouloir sortir des profils habituels. Comment ?

Les gens pensent souvent que la réussite et le talent sont réservés à une élite. Je veux prouver le contraire et montrer que les échecs font aussi partie de l’histoire d’une réussite. J’ai forgé une ligne éditoriale avec une intro, des chiffres, des faits, des anecdotes et, à la fin, de petites animations parce qu’il faut savoir parler de choses sérieuses en s’amusant.

Avez-vous plusieurs formats de podcast ?

J’ai deux formats : Coucou Ma Biche et Coucou Ma Biche Business. Avec le second, je rencontre des gens qui ne font pas directement partie de ma ligne éditoriale standard initiale et qui souhaitent apparaitre dans mon média pour des raisons marketing. C’est un format sur lequel je fais caisse de résonance en réutilisant les vidéos et en exploitant la notoriété de la marque. Ces formats sont facturés au forfait (+/- 1.000 euros de budget avec un taux d’écoute régulé).

Sur quelle base affirmez-vous être le n°1 belge francophone du lifestyle ?

Sur YouTube, j’ai 16 000 abonnés, sur TikTok 11 000 et une communauté de 5000 auditeurs suit sur Instagram. Il faut savoir que 90% des podcasts s’arrêtent après 5 épisodes. Personnellement, j’en suis à plus de 40 épisodes, en un an et demi. Pour moi, le succès est dans la constance.

Quelle est l’audience par épisode ?

Ça dépend des épisodes. Pour qu’une écoute soit comptabilisée en long format sur YouTube (comme Coucou Ma Biche qui dure une heure en moyenne), il faut qu’au moins 80 % de l’épisode ait été écouté. Jusqu’à plus de 100 000 écoutes ont été comptabilisées. Mes shorts de 15 à 40 secondes sur TikTok ou sur Instagram vont jusqu’à 1 million d’écoutes. Il faut savoir qu’un Belge moyen consomme 4h39 d’audio par jour, tous média confondus, audio, télé, radio, vidéo, podcast. Au niveau mondial, 22% des adultes écoutent au moins un podcast par semaine et 38% de ceux qui écoutent le font en conduisant. Alors que l’attention pour les réseaux sociaux se compte en secondes de scrolling, le taux de complétion d’un bon podcast en Belgique dépasse souvent les 80% c’est-à-dire que sur un épisode de 45 minutes, l’auditeur donne 36 minutes d’attention pure. Imbattable.

Est-il possible de vivre des audiences ?

En plus du budget de départ, je suis rémunéré par YouTube pour les clics et les écoutes. Il y a aussi les pubs – pré-rolls, mid-rolls, post-rolls - et le host read où c’est moi qui parle du produit. Je l’ai fait pour des amis ou parce que je croyais dans le produit comme « Nuocean », des chaussures recyclées à partir de déchets océaniques. À côté, j’ai récemment créé avec mon associé qui vient des régies media RTL-TVI, un autre business qui s’appelle Belcast, la seule market-place qui met en connexion les annonceurs et les podcasteurs. Elle regroupe environ 200 podcasts référencés sur un total de 950 francophones belges dont 50% sont passifs. Mon souhait est que les nouveaux médias et les annonceurs comprennent qu’il y a quelque chose à faire au niveau de la notoriété et de l’audience pour toucher un public plus large à moindre coût.

Assumez-vous une responsabilité éditoriale sur ce qui se dit ?

J’ai décliné des demandes qui n’entraient pas dans ma ligne éditoriale ou exposaient des personnes d’une manière qui ne correspondait pas à mes valeurs. Je ne refuse pas celles qui sortent d’un certain cadre et c’est justement ce que permet ce nouveau type de média.

Écoutez-vous des podcasts ?

Au minimum, un par jour d’office, mais je suis arrivé à un niveau extrême, et je les écoute en 1,5 ou x 2, c’est plus rapide. Avec l’IA, j’ai créé un modèle qui mixe deux podcasts sur la même thématique et m’en recrée un seul.

L’épisode le plus étrange ?

J’ai interviewé un mouton. Tout est parti de l’idée de le sauver, mais en visionnant un documentaire d’Hugo Clément sur la laine des moutons, j’ai appris que 95% de celle que nous utilisons vient d’Australie. Une aberration. Pour provoquer une prise de conscience, je me suis mis en tête d’interviewer ce mouton - qui a aujourd’hui 6 mois et se trouve dans un sanctuaire - au sujet des filières et de la rentabilité de l’élevage.

Celui que vous rêveriez de réaliser ?

J’arrive presque toujours à réaliser ce qui me fait vibrer. J’aimerais beaucoup discuter avec le Roi et je suis déjà en contact avec le Palais Royal. Ce serait tellement extraordinaire que cela puisse s’organiser ! Et, ce que je vais dire est personnel, pourquoi ce podcast ne pourrait-il pas remplacer son discours de Noël dont la forme n’a quasi pas évolué. Il suffit de voir Trump qui a installé la Maison Blanche sur Twitter et Instagram. Réaliser un épisode avec le Roi au palais royal pour Noël, ce serait le sommet de ma carrière de podcasteur !

Coucou Ma Biche au futur ?

Pour le moment j’ai envie de continuer cette co-création de media. J’ai un projet de nouveau format avec le club TheMerode, un podcast devant une audience de 400 personnes qui pourront à la fin, intervenir avec mon invité. Le but est de créer une véritable expérience avec de nombreuse surprises. Dans la durée, mon objectif est de rester innovant et d’avoir de l’impact.

Brice Boland, derrière le micro