Chris Goodjab : pourquoi le combat est inscrit dans notre sang
Chris Goodjab, coach en MMA chez Fight Minds, explique pourquoi il considère le combat comme une part de la nature humaine. Il aborde la réalité de vivre du MMA, les coulisses de la compétition, et ses conseils face à une situation d'agression.
« Chris Goodjab : pourquoi le combat est inscrit dans notre sang » est un épisode de Coucou Ma Biche, le podcast vidéo belge animé par Brice Boland, avec Chris Goodjab, publié le . Durée : 1:06:37. Terrain : Dépassement de soi. Transcription intégrale en 13 chapitres résumés et horodatés.
Brice Boland reçoit Chris Goodjab, coach et expert en MMA chez Fight Minds. Il explique pourquoi il considère le combat comme une part de notre nature humaine, revient sur les coulisses de la compétition et sur la question de savoir si le MMA rend violent, et partage ses conseils face à une situation d'agression.

Les questions qui tuent
- 5:40 C'est-à-dire que tu préconises parfois, pour trouver une solution, tu préconises la bagarre ? Lire la réponse : Le combat est-il dans notre ADN ? Le parcours personnel de Chris
- 51:41 À partir de quel moment les combattants gagnent un peu d'argent et se disent : ok, en fait je vais switcher et je vais vraiment devenir pro ? Et qu'est-ce que ça gagne, combien ça gagne ? Lire la réponse : Qui suivre en Belgique et combien gagne un combattant
- 26:30 C'est quoi le danger physique du KO ? Lire la réponse : Comprendre un combat : KO, arbitrage, carrière et coulisses des ligues
Les temps forts
- 0:00 Introduction et présentation de Chris Goodjab
Après le jingle d'ouverture, Brice Boland accueille Chris Genachte (alias Chris Goodjab), qu'il connaît déjà personnellement, et dresse son portrait : consultant, coach, photographe, présentateur et auteur du livre « L'art de la bagarre » (sous-titré « Le MMA ne s'apprend pas dans un livre »). Il le présente comme l'un des précurseurs de l'analyse du MMA en Belgique. Brice annonce que la discussion partira de ce titre pour explorer ce qui se joue en dehors de la cage plutôt que dans la cage elle-même.
- 2:18 Double carrière et paysage du MMA belge
Chris se présente et explique avoir mené deux carrières en parallèle : consultance classique à temps plein au départ, puis un basculement progressif vers le MMA, jour de travail après jour de travail, avec l'objectif à terme d'en vivre entièrement. Il précise qu'aujourd'hui certains combattants, coachs, managers et organisateurs vivent déjà uniquement du MMA. Interrogé sur le nombre de combattants professionnels en Belgique, il avance le chiffre d'une cinquantaine, toutes catégories de poids confondues.
- 3:24 Naissance de l'UFC en 1993
Chris détaille l'organigramme du sport : 13 catégories de poids chez les classiques, et l'UFC comme « la NBA du MMA » avec un roster bien plus large. Il raconte la création de l'UFC en 1993, pensée pour trancher le débat de l'époque sur le meilleur art martial, avec un premier événement quasiment sans règles (pas les yeux, pas l'entrejambe, pas mordre) et sans gants. Il évoque l'anecdote du combattant qui portait un gant de boxe d'un côté et combattait à main nue de l'autre, illustrant le nom d'origine : le « free fight » ou combat libre.
- 4:41 Le combat est-il dans notre ADN ? Le parcours personnel de Chris
Répondant à la référence du film de Brad Pitt, Chris affirme que le combat est inscrit dans notre ADN mais se dit partisan de la bagarre encadrée, jamais de la bagarre de rue. Il retrace son parcours : judo et karaté enfant comme beaucoup dans les années 90, transition vers la boxe anglaise à 16 ans, puis la boxe thaïe, avant le coup de foudre pour le MMA à 19 ans — il en a aujourd'hui 35-36. Il explique avoir écrit son livre en 2016-2017 par envie personnelle (« ça faisait partie de ma bucket list »), en l'auto-éditant sur Amazon avec la relecture de son père, dans le but de le rendre accessible aussi bien à un néophyte qu'à un combattant professionnel. Il reconnaît que certains exemples de combattants cités, alors en activité, sont aujourd'hui à la retraite, rendant le livre partiellement daté.
- 9:24 Définition du MMA et darwinisme des styles de combat
Chris explique l'acronyme MMA (Mixed Martial Arts) et raconte le tout premier UFC : huit combattants venus d'horizons différents (sumo, savate/boxe française, judo...) s'affrontant en tournoi à élimination directe, sans catégories de poids. Le tout premier combat, resté historique, opposait un sumo à un boxeur de savate et a duré 30 secondes. C'est un combattant de 60 kg pratiquant le jiu-jitsu brésilien, de la famille Gracie, qui a remporté le tournoi en soumettant tous ses adversaires grâce à sa maîtrise du sol. Chris décrit ensuite l'évolution « darwiniste » du sport : après l'ère du jiu-jitsu sont venus les lutteurs capables de contrer les projections, puis les strikers, jusqu'à aujourd'hui où la notion de « background » a disparu au profit de combattants complets dans toutes les disciplines.
- 12:44 Règles, stratégie et la pyramide de performance de Georges Saint-Pierre
En partant du scandale du judo aux JO (l'histoire du Géorgien empêché de l'emporter par une utilisation défensive du règlement), Chris explique que les règles définissent la stratégie et qu'il faut les maîtriser sur le bout des doigts. Il distingue les combattants « divertissants » de ceux qui « gagnent à l'usure » sur 3 ou 5 rounds, rappelant qu'au final seule la victoire compte. Interrogé sur la préparation d'un combat amateur en 6 mois, il détaille la pyramide de performance de Georges Saint-Pierre : la base physique (force, cardio, vitesse), puis la technique/compréhension mécanique, et enfin l'aspect cérébral qui différencie le top 10 mondial du reste. Il compare enfin en détail Georges Saint-Pierre (welterweight/middleweight, lutteur complet et cérébral) à Conor McGregor (spécialiste de la boxe anglaise en featherweight/lightweight), donnant un avantage de 65-35 à Saint-Pierre dans un affrontement hypothétique entre les deux à leur sommet.
- 24:36 Comprendre un combat : KO, arbitrage, carrière et coulisses des ligues
Chris compare la lecture d'un combat de MMA à celle d'une course de F1 : il faut connaître les règles (méthodes de victoire, points) pour vraiment l'apprécier, et note que Cédric Doumbé combat sans coach attitré. Il détaille le protocole après un KO — arrêt immédiat par l'arbitre, check médical, suspension pouvant aller jusqu'à 6 mois — et estime la durée moyenne d'une carrière à 10-12 ans pour 2-3 combats officiels par an à haut niveau. Il raconte avoir entendu parler de sabotages en Russie (eau du robinet non potable donnée aux adversaires, palmarès locaux gonflés) mais assure n'avoir jamais vécu ni pratiqué ce genre de tricherie avec sa propre organisation, 360 Promotions, qu'il a arrêtée faute de rentabilité. Il dresse enfin un classement des ligues mondiales : l'UFC, très largement numéro un avec près de 700 combattants répartis en 13 catégories, devant un groupe où s'affrontent le PFL, l'ONE (Asie), le KSW (Pologne) et la LFA, considérée comme la « division 2 » de l'UFC.
- 32:50 De amateur à l'UFC : comment progresser et se classer
Chris explique le parcours « déstructuré » qui mène de l'amateur à l'UFC : on passe d'abord professionnel (un statut, pas un niveau), on construit son palmarès dans des promotions comme Ares, Cage Warriors ou Hexagone, en visant des victoires spectaculaires (KO) qui circulent sur les réseaux. Un combattant qui atteint 9-0 ou 10-1 devient repérable par les recruteurs et matchmakers de l'UFC, qu'il rejoint généralement par le bas du classement. Il précise que le classement UFC est aujourd'hui subjectif, établi par un panel de journalistes plutôt que par des données objectives — un système qu'il juge critiquable et sur lequel il travaille lui-même à un projet 100% data-driven — sachant qu'il faut viser le top 5 pour prétendre à un combat de ceinture.
- 34:54 Qui est le GOAT actuel ? Makhachev, Jon Jones, Pereira, McGregor
Au jeu du GOAT (« greatest of all time »), Chris cite trois noms qui dominent le débat : Islam Makhachev (champion des légers, du même clan que Khabib Nurmagomedov), Jon Jones (de retour après 3 ans et demi d'absence, monté de moins de 93 kg à 120 kg chez les lourds) et Alex Pereira (ex-champion 84 kg devenu champion 93 kg) — avec un net avantage actuel pour Makhachev en pound-for-pound après sa victoire contre un remplaçant de dernière minute. Une parenthèse sur la diète des poids lourds évoque Tyson Fury, jugé physiquement relâché comparé à Oleksandr Usyk qui l'a pourtant battu techniquement malgré un déficit de poids. Chris et Brice discutent enfin des à-côtés lucratifs des stars du MMA — le whisky Proper 12 de McGregor, le statut « pro mais pas haut niveau » de Jake Paul depuis ses débuts contre Ben Askren — et de la façon dont Cédric Doumbé, très fort en kickboxing mais pas top 5 mondial en MMA, gagne aujourd'hui davantage grâce à ses activités annexes que sur ses performances en cage.
- 44:25 Le jeu : confiance, préparation, talent et technique
Brice propose un jeu de dilemmes à Chris. Confiance ou préparation : la préparation l'emporte, car elle nourrit la confiance et l'excès de confiance devient un ennemi — illustré par l'anecdote d'Anderson Silva, dominé pendant quatre rounds et demi par Chael Sonnen, qui place malgré tout un étranglement triangle à 1 minute 30 de la fin pour conserver son titre. Talent ou entraînement : l'entraînement gagne toujours, Chris observant que ses élèves les plus talentueux ont tendance à s'entraîner moins, alors que la régularité (« consistency over time ») finit par dépasser l'intensité ponctuelle. Technique ou puissance : la technique l'emporte sans discussion, un pratiquant de musculation pure se faisant « ravager » face à un boxeur de 50 kg. Œil du tigre ou patte de l'ours : Chris choisit la patte de l'ours, la force constante, expliquant qu'il vaut mieux entrer dans un combat pour « gagner les minutes » que pour miser sur un seul moment fort, même si les juges valorisent davantage l'impact immédiat que l'impact cumulé.
- 49:27 Qui suivre en Belgique et combien gagne un combattant
Interrogé sur les combattants belges à suivre, Chris cite Boris Mbarga (vainqueur au KOF de Nantes), Patrick Habirora, l'un de ses anciens élèves passé au PFL, Donovan Desmae, ainsi que Bolaji Oki, seul Belge actuellement à l'UFC, et Losene Keita, double champion à l'Oktagon (la promotion tchèque) qui vient de remporter un tournoi à un million d'euros et pourrait bientôt signer à l'UFC. Sur l'argent, il détaille la grille UFC : environ 12 000 dollars pour un premier combat, doublés en cas de victoire, dont il faut retirer les taxes (jusqu'à 40%), 10% pour le management et 10% pour le coach — largement insuffisant pour en vivre à 2-3 combats par an. Il précise qu'en dehors de l'UFC les cachets varient énormément (1000-2000 euros au KOF contre 8000-15000 euros au KSW) et que les sponsors belges restent rares, ce qui pousse les combattants à devenir aussi créateurs de contenu, quand des influenceurs reconvertis en boxeurs occasionnels (façon Jake Paul) gagnent parfois plus que de vrais professionnels grâce à leur notoriété.
- 56:28 Autodéfense, choix d'art martial et prime moment de Chris
Avant d'aborder son « prime moment », Chris livre son meilleur conseil en cas d'agression dans la rue : courir si possible, et sinon éviter la bagarre à tout prix, même avec la conviction de pouvoir battre la plupart des gens, car on ignore toujours si l'adversaire est armé ou accompagné. Sur le choix d'un art martial pour se défendre, il recommande le MMA plutôt que le seul BJJ ou le Krav Maga, jugeant qu'il offre la « réalité du combat » la plus complète, debout comme au sol. Il raconte ensuite son premier grand souvenir : avoir commenté l'UFC Paris aux côtés de Georges Saint-Pierre, invité sur le plateau — un rêve de 15 ans qui l'a fait pleurer dans sa voiture au retour, lui qui se dit peu enclin à montrer ses émotions. Son second grand souvenir, comme coach cette fois, est un blackout émotionnel de 30 secondes lorsque Brian Bouland (avec Donovan Desmae, vainqueur le même soir) a remporté le combat principal du Cage Warriors au Pays de Galles par KO au premier round, un an et demi seulement après que Chris soit passé de simple fan à coach de ce combat.
- 1:03:30 Contact et recommandations de clôture
Pour conclure, Chris explique être facilement joignable sur les réseaux sociaux (Twitter, Instagram) et raconte avoir adopté le nom de scène « Chris Goodjab » pour faciliter sa prononciation en France, notamment quand il commente pour RMC — un choix de consonance proche de son vrai nom, Genachte. Il recommande sans hésiter la salle de Brian Bouland, à Louise, installée dans l'ancien sous-sol d'une boîte de nuit de la galerie Louise, comme meilleur coach de Belgique. Brice le remercie pour cet échange et l'épisode se termine sur une note complice, entre remerciements croisés.
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Questions fréquentes
- Qui est Chris Goodjab ?
- Chris Goodjab est coach, speaker et expert en MMA chez Fight Minds. Il est l'invité de Brice Boland dans Coucou Ma Biche.
- De quoi parle l'épisode de Coucou Ma Biche avec Chris Goodjab ?
- Chris Goodjab y explique pourquoi le combat est selon lui inscrit dans notre nature, s'il est possible de vivre du MMA, et si ce sport rend violent.