Marché de l'art, faux, argent et secrets d'antiquaire
Georges Van Cauwenbergh, figure du Sablon à Bruxelles, expert reconnu par les foires internationales BRAFA et TEFAF, lève le voile sur le marché de l'art : la part de faux qui y circule, les marges cachées, et ce qui se joue vraiment derrière une vente.
« Marché de l'art, faux, argent et secrets d'antiquaire » est un épisode de Coucou Ma Biche, le podcast vidéo belge animé par Brice Boland, avec Georges Van Cauwenbergh, publié le . Durée : 1:22:54. Terrain : Gastronomie & art de vivre. Transcription intégrale en 13 chapitres résumés et horodatés.
Brice Boland reçoit Georges Van Cauwenbergh, antiquaire au Sablon à Bruxelles, expert en sculpture et en horlogerie ancienne, membre du comité de sélection des foires BRAFA et TEFAF. Il aborde la question des faux sur le marché de l'art, la formation des prix, et la mutation d'un secteur confronté aux nouvelles générations d'acheteurs.

Les questions qui tuent
- 1:05:22 Le métier d'antiquaire est un métier de blanchiment d'argent ? Lire la réponse : Le jeu du vrai ou faux : mythes et curiosités du métier
- 1:01:13 Est-ce qu'un antiquaire s'endette ? Lire la réponse : Bien acheter, bien vendre : conseils et consécration à la TEFAF
- 1:07:52 Internet a rendu les antiquaires plus honnêtes ? Lire la réponse : Le jeu du vrai ou faux : mythes et curiosités du métier
Les temps forts
- 0:00 Teaser et publicité
L'épisode s'ouvre sur un montage d'extraits qui seront redéveloppés plus tard : l'histoire de la vieille dame londonienne venue avec une pièce en cire dans un sac plastique, la sculpture ayant appartenu à l'impératrice Eugénie, et la montre Deep Space de Vianney Halter portée par l'acteur de Captain Kirk lors de son vol avec Jeff Bezos. Brice Boland enchaîne avec une page de publicité pour Belcast, la marketplace belge qui met en relation podcasteurs et annonceurs.
- 1:52 Bienvenue Georges : la passion du marbre de Carrare
Brice présente Georges Van Cauwenbergh, à la tête de la galerie Artimo au Sablon à Bruxelles, expert en sculpture et en horlogerie ancienne. Georges explique ce qu'est le marbre de Carrare : une pierre blanche sans veine originaire de la région de Carrare en Italie, appelée « blanc statuaire » quand elle atteint 99% de carbonate de calcium. Il raconte pourquoi les sculpteurs, de la Renaissance à aujourd'hui, de Michel-Ange au Bernin, l'ont privilégié : elle minimise le risque de défauts cachés dans la pierre lors de la taille.
- 4:08 La bibliothèque du connaisseur et l'enquête de provenance
Georges explique que la vraie richesse d'un marchand d'art ancien est sa bibliothèque : des milliers de livres rares, parfois non référencés, où se trouve une information introuvable sur internet. Il détaille le travail d'enquête nécessaire pour retracer la provenance d'une pièce, à travers ventes, familles et archives. Il illustre cela par l'histoire d'une sculpture d'ange endormi du sculpteur belge Charles-Auguste Fraikin, retrouvée grâce à des recherches à la bibliothèque du musée d'Orsay, et dont il a découvert qu'elle avait appartenu à l'impératrice Eugénie, exposée au Salon de Paris de 1855.
- 9:14 Marchand, brocanteur, antiquaire : anatomie d'un métier
Georges distingue les différents métiers du marché de l'art : marchand (acheteur-revendeur), intermédiaire (conseiller sur commission) et brocanteur (généraliste qui mise sur le volume). Il précise que son stock personnel tourne autour de 250 sculptures, contre plusieurs milliers pour un brocanteur, et explique comment les musées entrent en contact avec les marchands via les salons plutôt que l'inverse. Il détaille sa méthode : trier des centaines d'objets par jour pour n'en retenir qu'une poignée, et voyager - notamment à l'Hôtel Drouot à Paris, qui concentre 40% du marché de l'art européen - car il faut toujours voir une pièce en vrai.
- 17:01 Une vie consacrée à la sculpture : héritage familial et choix du XIXe siècle
Georges raconte son parcours familial : un grand-père industriel collectionneur, un père passionné de montres de gousset qui finançait cette passion en vendant des sculptures, et lui-même formé pendant près de dix ans aux côtés de son père avant de se spécialiser exclusivement en sculpture. Il explique son attachement à la période XIXe-début XXe siècle : ce sont des œuvres encore intactes, sorties telles quelles de l'atelier du sculpteur, contrairement aux pièces antiques souvent restaurées ou dégradées. Il évoque la plus grande liberté de sujets, dont le nu, au XIXe siècle, et décrit une de ses sculptures préférées, une fillette jouant à « il/elle m'aime » en marbre. Il conclut n'avoir jamais revendu une pièce en dessous de son prix d'achat depuis qu'il exerce ce métier.
- 26:11 Fixer le juste prix et l'achat le plus fou
Georges explique ce qu'est « le prix du marché » : celui auquel une pièce comparable s'est régulièrement échangée en vente publique, un prix toujours explicable au-delà du simple coup de cœur. Il raconte ensuite l'achat le plus fou de sa carrière : une fontaine de 9,5 tonnes de l'artiste belge Alfred Courtens, achetée en salle des ventes puis découverte scellée dans le mur porteur d'un hôtel particulier, revendue après des mois de travaux à Jean-Pierre Moueix, propriétaire du Château Petrus, qui lui a offert une caisse de Petrus 1990 en remerciement. Il détaille aussi les mécanismes d'enchères anonymes par téléphone, sa fourchette de prix (de 1000 à 500 000 euros la pièce) et pointe la liquidité comme le principal problème du métier : l'argent reste toujours bloqué dans le stock.
- 36:28 Dans les coulisses d'Affaires conclue
Georges détaille les coulisses d'Affaires conclue : deux émissions par jour, cinq jours par semaine, diffusées sur France 2 et reprises sur la RTBF devant 1,2 à 2,4 millions de téléspectateurs, où il achète avec son propre argent. Il raconte comment un canular d'intégration l'a piégé à acheter une pièce de céramique du potier Robert Picault, dont il est depuis devenu malgré lui collectionneur avec environ 300 pièces. Il revient sur l'anecdote la plus folle de sa carrière télé, vécue sur l'émission britannique tournée en Écosse : une dame de 82 ans arrivée avec une pièce en cire de Henry Moore dans un sac plastique, évaluée à 100 000 livres alors qu'elle la croyait sans valeur. Il conclut sur sa plus grosse vente (400-500 000 euros) et compare sa marge à celle d'un chirurgien, justifiée par des années de recherche et de bibliothèque.
- 49:03 Horlogerie et trésors : le livre automate et la montre de l'espace
Georges présente l'un de ses achats les plus marquants, sans lien avec la sculpture : un livre-automate en or massif et écaille de tortue fabriqué en 1823, doté d'un mécanisme qui fait apparaître un magicien répondant mécaniquement à une question choisie. Devenu viral sur Instagram, l'objet a fini par être repéré et acquis par le musée Patek Philippe, le plus grand musée d'horlogerie au monde. Il montre ensuite au poignet une montre exceptionnelle du maître horloger indépendant Vianney Halter, le tourbillon Deep Space, fabriquée en quelques exemplaires et portée par l'acteur de Captain Kirk lors de son vol spatial avec Jeff Bezos ; une pièce qui lui a été prêtée, en hommage à son père, lui-même passionné d'horlogerie.
- 54:04 Bien acheter, bien vendre : conseils et consécration à la TEFAF
Georges donne ses conseils pour bien acheter : privilégier le coup de cœur mais laisser reposer la décision 24 heures, vérifier l'ancienneté et le sérieux d'une galerie, et exiger un certificat d'authenticité écrit au-delà d'un certain montant, notamment via des labels professionnels comme la ROCAD (Chambre royale des antiquaires de Belgique), dont il est administrateur et qui peut intervenir en cas de litige. Il évoque ensuite l'accomplissement de son rêve : participer à la TEFAF de Maastricht, le plus grand salon d'art ancien au monde, où il est l'un des plus jeunes marchands exposants, un privilège qui suppose une sélection sévère et un budget de stand de 50 à 150 000 euros pour dix jours. Il distingue cette légitimité feutrée de la popularité d'Affaires conclue, et insiste sur sa volonté de démocratiser l'art ancien, citant l'exemple du cristal Val Saint-Lambert, aujourd'hui accessible dès 20-25 euros la pièce.
- 1:01:13 Finances du marchand d'art : dettes, cash et blanchiment
Georges explique pourquoi un marchand d'art s'endette rarement : les banques refusent de prêter contre un stock d'œuvres qu'elles ne savent pas expertiser, et le cash est plafonné à 2999 euros, sa galerie n'en acceptant d'ailleurs plus du tout. Il détaille l'application aux antiquaires d'une directive européenne anti-blanchiment conçue à l'origine pour les groupes pétroliers, imposant carte d'identité et preuve d'origine des fonds au-delà de 10 000 euros. Il aborde enfin la négociation : rarement pratiquée sauf pour les clients réguliers, ou en fin de salon lorsque le marchand a intérêt à ne pas retransporter ses pièces.
- 1:04:12 Le jeu du vrai ou faux : mythes et curiosités du métier
Brice soumet à Georges une série d'anecdotes en vrai ou faux. Georges confirme que le premier prix de la loterie nationale de 1850 était une sculpture gagnée par un pharmacien liégeois, que le marbre blanc de Carrare sert bien à fabriquer du dentifrice (jusqu'à 60% de sa poussière), et que le pigment « mummy brown » était autrefois fabriqué à partir de vraies momies égyptiennes. Il dément en revanche l'idée reçue selon laquelle l'antiquité servirait au blanchiment d'argent, rappelant la réglementation stricte du secteur, et celle selon laquelle il faudrait un héritage familial pour devenir marchand. Il confirme enfin l'existence des horloges à encens utilisant l'odorat en Chine et au Japon, et le nettoyage ancien du marbre à la mie de pain fraîche, tout en précisant qu'il utilise lui-même du savon de Marseille.
- 1:11:35 Le moment le plus marquant, un conseil aux jeunes et les artistes sous-cotés
Interrogé sur son moment le plus marquant, Georges cite la livraison du livre-automate au musée Patek Philippe et l'ouverture de la TEFAF où, à 35 ans, il côtoyait les plus grandes fortunes du monde en tant que deuxième plus jeune marchand du salon. Il livre un conseil aux jeunes : se lancer dans l'art ancien, un métier selon lui difficile à remplacer par l'intelligence artificielle car fondé sur une connaissance transmise et des livres non numérisés. Il recommande de suivre des artistes de qualité mais encore sous-cotés, comme le sculpteur belge Charles-Auguste Fraikin, dont un musée doit ouvrir à Herentals, et raconte le mystère d'un sculpteur espagnol qu'il ne parvient à identifier dans aucune archive, pas même celles du Prado.
- 1:18:06 Balade à Bruxelles et clôture
Pour clore l'épisode, Georges recommande des lieux à Bruxelles pour observer la sculpture : le Petit Sablon, avec sa cinquantaine de statues représentant les corps de métiers et ses grilles toutes différentes, ou le Jardin botanique. Il raconte avoir longtemps interpellé les visiteurs des musées en donnant à voix haute la valeur des sculptures pour capter leur attention. Il détaille l'histoire du monument à l'aviation de l'avenue Franklin Roosevelt, inspiré par des oiseaux prenant leur envol dans le Bois de la Cambre, et note que si la technique s'est modernisée (burin électrique contre marteau et ciseau), certains artisans continuent de sculpter à l'ancienne. L'épisode se termine sur les remerciements croisés entre Brice et Georges.
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Questions fréquentes
- Qui est Georges Van Cauwenbergh ?
- Georges Van Cauwenbergh est antiquaire au Sablon à Bruxelles, expert en sculpture et en horlogerie ancienne, membre du comité de sélection des foires BRAFA et TEFAF. Il est l'invité de Brice Boland dans Coucou Ma Biche.
- De quoi parle l'épisode de Coucou Ma Biche avec Georges Van Cauwenbergh ?
- Georges Van Cauwenbergh y aborde la part de faux qui circule sur le marché de l'art, la formation des prix, et les mutations du secteur de l'antiquité face aux nouvelles générations d'acheteurs.