Miguel Perez : dix ans à réinventer les nuits bruxelloises
Miguel Perez, du LO Group, raconte dix ans passés à réinventer les nuits bruxelloises : rooftops, fêtes en plein air et soirées Horeca. Un témoignage sur les coulisses, souvent inavouées, de la vie nocturne de la capitale.
« Miguel Perez : dix ans à réinventer les nuits bruxelloises » est un épisode de Coucou Ma Biche, le podcast vidéo belge animé par Brice Boland, avec Miguel Perez, publié le . Durée : 44:02. Terrain : Entrepreneuriat & business. Transcription intégrale en 11 chapitres résumés et horodatés.
Brice Boland reçoit Miguel Perez, du LO Group. Depuis plus de dix ans, il fait revivre les nuits bruxelloises à travers ses rooftops, ses fêtes en plein air et ses établissements Horeca. Il raconte les coulisses de cette reconstruction de la vie nocturne de la capitale.

Les questions qui tuent
- 15:27 Une faillite silencieuse… moi je veux acheter un resto ou un bar, comment je fais pour être au courant de ça ? Lire la réponse : Bâtir un groupe horeca : Le Perché, le Viage, la Bastoche
- 23:24 On peut en parler un peu, justement, de ça ? Lire la réponse : Balance ton bar : la crise de confiance du secteur
- 11:34 Il y a des gens, des micro-influenceurs ou des influenceurs qui te demandent, qui te grattent, peu importe, qui te disent : salut, j'ai vu ta soirée, mets-moi une table. C'est quoi votre mindset par rapport à ça ? Lire la réponse : De Ginette à l'horeca : l'Hôtel Jam, Stromae et Angèle
Les temps forts
- 0:00 Générique et présentation de l'invité
L'épisode s'ouvre sur le générique du podcast, puis Brice Boland accueille Miguel Perez en le présentant comme « l'enjailleur de Bruxelles », celui qui fait danser les gens de la capitale. Miguel corrige d'emblée : lui et ses associés essaient surtout de « rassembler » et de faire en sorte que les gens fassent la fête chez eux.
- 0:41 La naissance de Ginette
Miguel raconte comment Thomas Trothen, avec qui il avait déjà organisé des voyages et soirées séparément, est venu le chercher pour relancer une soirée ensemble alors que lui-même avait arrêté. Un premier essai prévu au Mirano sous le nom « Les Salles Gosses » est annulé après un appel menaçant, ce qui les pousse vers le bar Havana, alors en délicatesse. De cette improvisation naît Ginette, personnage de vieille dame bruxelloise des Marolles, avec une communication décalée, une musique très commerciale et une ambiance guinguette, à contre-courant de l'électro dominante de l'époque (portée par Lorenzo Serra, Renaud et « la Dirty »). La soirée démarre hebdomadaire dès le vendredi, puis migre vers le club Le You quand le Havana doit fermer pour un projet immobilier.
- 4:46 Le modèle économique des soirées et le trio fondateur
Miguel détaille le « deal classique » entre organisateur et discothèque : l'organisateur vend les entrées, l'établissement garde le bar, avec parfois une rétrocession si l'organisateur assure un gros volume. Il explique la répartition des rôles avec ses deux associés, Thomas Trothen (design et marketing) et Mathieu Botta (logistique et administratif), lui-même se situant entre les deux. Interrogé sur la longévité du trio face à des concurrents comme ABC ou Art Blanc, il évoque une structure rigoureuse, une remise en question permanente et une capacité à s'adapter plutôt qu'une recette magique.
- 8:55 De Ginette à l'horeca : l'Hôtel Jam, Stromae et Angèle
Le succès de Ginette attire l'attention de l'Hôtel Jam, qui leur propose de créer un afterwork du mercredi, « Je peux pas, j'ai piscine », ciblant les jeunes travailleurs voulant s'échapper tôt du bureau. L'événement cartonne et voit passer Stromae à plusieurs reprises ainsi qu'Angèle, dont la manager Sylvie avait insisté pour la faire chanter devant une trentaine de personnes avant même le début officiel de la soirée. Miguel insiste sur le fait qu'ils n'ont jamais payé ni sollicité de « stars » ou d'influenceurs, misant sur le bouche-à-oreille, même si des événements plus ciblés sont désormais créés pour un public jeune qui s'éloigne un peu de leurs soirées les plus festives.
- 13:01 Bâtir un groupe horeca : Le Perché, le Viage, la Bastoche
LO Group enchaîne les opportunités : le bar Le Perché, le rooftop du casino Viage, puis Le Popular au rez-de-chaussée de l'Hôtel Jam avec une collaboration avec le designer Lionel Jadot, avant de remporter la reprise de la Bastoche en faillite, que Miguel attribue à une mauvaise gestion financière plutôt qu'à un problème de fréquentation. Il explique comment circulent ces opportunités de rachat, notamment via des intermédiaires du secteur comme Grégory Sorgeloose. Interrogé sur la suite, Miguel évoque une volonté de consolider plutôt que de grandir trop vite après une année 2024 difficile, et relativise la comparaison avec des groupes comme Paris Society, adossé à des fonds comme Accor, en pointant le manque d'habitude des Bruxellois à sortir et un pouvoir d'achat plus contraint que dans d'autres capitales.
- 20:01 L'anecdote des gilets jaunes à la Bastoche
Miguel raconte l'épisode le plus fou vécu dans ses établissements : une quarantaine de personnes masquées envahissant la Bastoche un samedi après-midi pour protester contre la suppression du cash, en réaction aux problèmes de vol et d'agression liés à la caisse. L'action, très organisée avec caméras à l'appui, s'accompagne de références à Christine Lagarde et au FMI, et Miguel regrette de ne pas avoir eu droit de réponse alors que la télévision diffusait déjà les images. Il qualifie l'épisode de « sauvage et complètement incontrôlé ».
- 22:38 Balance ton bar : la crise de confiance du secteur
Le mouvement Balance ton bar, jugé nécessaire par Miguel malgré la difficulté qu'il a représentée pour le secteur, cible frontalement l'El Café, submergé de plaintes et boycotté du jour au lendemain. LO Group rachète et ferme symboliquement l'établissement, accompagné par la Brussels By Night Federation, avant de relancer le lieu sous le nom de Mylène. Miguel évoque aussi une soirée de panique chez Ginette où quatre personnes affirmant avoir été droguées ont fini à l'hôpital sans qu'aucune trace de drogue ne soit détectée, la police menaçant de fermer l'établissement en cas de confirmation.
- 27:17 La stratégie de la discrétion : jamais de nom de DJ
Miguel explique que LO Group est de plus en plus « low profile », créant des marques fortes (Ginette, la Bastoche, Mylène) sans que le grand public sache qui est derrière. Contrairement à des concepts comme Hangar, ils n'ont jamais communiqué sur des noms de DJ, une fierté revendiquée puisqu'ils font venir plus de 6000 personnes sans headliner, pour éviter la surenchère des cachets. Miguel est même devenu DJ résident par plaisir, mixant lui-même pour respecter l'esprit très commercial et grand public de Ginette, où le style change toutes les 15-20 minutes comme dans un mariage.
- 31:05 Rooftops, pop-up et marketing digital
Pour la suite, Miguel évoque la gestion de plusieurs rooftops actifs (dont celui du Viage et celui du Solar) et un possible nouveau projet à venir cet été, encore incertain. Il revient avec enthousiasme sur Le Chalet d'Altitude, pop-up immersif savoyard installé pendant les Plaisirs d'Hiver, plein tous les jours pendant un mois et demi. Côté communication, LO Group mise avant tout sur les réseaux sociaux, avec un budget publicitaire ciblé sur Instagram plutôt que sur du pré-ticketing classique, et applique chez Ginette une politique d'entrée gratuite avant 23h suivie d'un tarif à 7€.
- 35:10 Rentabilité, projet utopique et avenir du secteur
Miguel attribue la rentabilité du groupe au volume de clientèle, à une gestion stricte des coûts et à une armée d'étudiants gérée par deux personnes dédiées au recrutement, dans un contexte d'inflation généralisée. Interrogé sur un projet à carte blanche, il rêve d'un lieu misant sur la qualité (collaborations avec un chef ou des mixologues) tout en restant accessible, citant en exemple le travail plus haut de gamme d'artistes comme Charles Kaisin. Il revient une dernière fois sur ce qui manque à Bruxelles — affluence et pouvoir d'achat — en citant l'investissement de 4,5 millions d'euros de Big Mamma dans son restaurant Barracuda et la fermeture rapide d'une grosse boîte comme le Lyft, avant de lancer un appel aux jeunes porteurs de projets à le contacter via la page de Mylène.
- 42:43 Conclusion
Brice clôt l'échange en remerciant chaleureusement Miguel, qui répond par une accolade amicale.